Au sujet de l’écriture cladélienne, nous avons noté un certain nombre de reproches formulés à l’encontre de l’auteur du Bouscassié (voir les divers articles à ce sujet). Lui-même en avait conscience à tel point que dans le dernier roman qu’il a écrit, roman publié post-mortem, intitulé Juive-errante, on peut lire, dès la première page, cette phrase où la narratrice s’apprête à raconter une histoire à sa petite-fille :

 » Elle est écrite, cette histoire que tu m’avais si souvent en vain priée de te raconter et j’espère que tu la liras de la première à la dernière ligne sans aucun ennui, non pas que le style en soit ébouriffant, car, moi, très chère, et je m’en estime fort heureuse, je m’exprime sans effort, aussi simplement que possible et n’entends rien d’ailleurs aux phrases entrelacées de chardons et de rocailles que nombre de plumigères[1] composent avec tant de peine sous prétexte de fonder une langue n’ayant rien de commun avec le français et tellement obscure qu’ils n’y voient goutte ou pas grand’chose eux-mêmes. »


[1] plumigère, adj., fam. « Qui tient une plume, qui écrit » (XIXe siècle) Du latin pluma (« plume ») et gero (« porter »). Mot forgé par Honoré de Balzac. Notons que le mot latin pluma ne désigne pas la plume pour écrire, et que le verbe gero peut au mieux signifier « porter dans la main » mais pas « tenir entre ses doigts ». → https://fr.wiktionary.org/wiki/plumig%C3%A8re